Je m’appelle Sabri (qui signifie « ma patience » en arabe… un nom pré-destiné ;-), et je suis un cheval né en Tunisie. En 2012, j’ai rencontré Méli, une femme venue « s’occuper de moi » .
Mon propriétaire de l’époque n’ayant pas de temps à me consacrer, il l’avait contactée pour qu’elle vienne « me travailler» alors que j’étais à peine débourré. Lorsqu’elle m’a vu la première fois, elle a refusé car son état de santé était trop précaire pour un jeune cheval fougueux comme je pouvais l’être. Mais moi je sentais qu’elle avait besoin de moi, comme j’avais besoin d’elle. Cheval de fantasia, ce n’était pas ma tasse de jus de pomme… Je voulais qu’on me rende ma liberté, je ne supportais pas d’être attaché dans une cave comme mes congénères.

Pour lui montrer que c’était elle que j’avais choisie, je lui ai donné des marques d’affection comme à nul autre être humain.
Moi qui ne m’intéressait plus aux hommes, source de brutalité ou d’incompréhension, j’avais décidé de chasser quiconque m’approchait. Qu’ils aillent brouter ailleurs… Elle, elle ne voulait plus s’attacher à rien ni personne.
Elle avait fermé son cœur, trop occupée à endurer les séquelles d’un grave accident de voiture et dans le chagrin d’avoir perdu un être cher. Encore handicapée des suites de cet accident, elle ne pouvait plus monter à cheval. Or l’équitation c’était toute sa vie…
Depuis des années, Méli avait perdu le goût de s’attacher, le goût de rire, le goût de vivre. Et puis lorsqu’elle est venue me revoir après quelques jours de réflexion, j’ai fait mon clown, et elle a ri. Là, j’ai sû que j’avais commencé à ouvrir la porte de son cœur, peut être même qu’elle ne me quitterait plus… Nos destins étaient liés !

Sauf que sa vie était au Canada, et moi j’étais en Tunisie. Opération séduction réussie, il fallait maintenant la décider à rester auprès de moi. Patient, je me suis d’abord dit qu’il fallait lui redonner la confiance nécessaire pour monter sur mon dos. Il lui fallait des sensations, comme lorsqu’elle « savait » monter à cheval. Mais pas trop fortes non plus, vu sa fragilité… Je me suis donc fait tout sage, et alors que je ne laissais personne monter sur mon dos, nous avons commencé à pouvoir chevaucher ensemble.

La motivation était revenue… Pour être capable de retrouver une position correcte, elle s’est remise à un entrainement quotidien, tout en prenant des cours de mise en selle/mise en forme une fois retournée au Canada. Petit à petit, elle a ainsi pu se tenir sur ses 2 pattes à elle, retrouvant une démarche presque normale. Ses médicaments et ses béquilles ont fini par prendre la poussière au fond du placard…
Ca lui a pris quelques allers-retours de Montréal à Tunis, et presque 2 années pour que finalement, décidée et déterminée à aller au bout de son rêve, elle quitte sa vie là-bas afin de ne plus jamais me quitter.
Car cette rencontre avec moi a littéralement bouleversé sa vie… Avec moi, elle a compris que la relation homme-cheval était aussi le reflet de la relation qu’on peut avoir avec soi-même et avec le monde. Elle a donc décidé de quitter son travail au Canada et de venir s’installer auprès de moi, puisque je ne pouvais pas voyager outre-atlantique.
Pour apprendre à mieux nous comprendre, elle a étudié l’éthologie équine, notre comportement et notre langage à nous, les chevaux. Son rêve était d’arriver à développer une telle connexion que nous puissions évoluer en totale liberté… Dans un pays au sortir de la révolution, c’est de circonstance 😉

Ce rêve a pu prendre forme depuis nos jeunes années : libres et sans béquille, nous arrivons maintenant à courir côte à côte ! Nous avons pu quitter la Tunisie, et évoluer sous le regard éclairé de divers professionnels. Nous sommes maintenant installés en France près de Lyon, où nous pouvons poursuivre et partager nos aventures…
